RAIDLIGHT DESERT TROPHY 2024 * Episode 8
- Cécile Germin
- 12 oct. 2024
- 5 min de lecture
Etape 4 :
« LE BONHEUR NE SE TROUVE PAS AU SOMMET DE LA MONTAGNE, MAIS DANS LA FACON DE LA GRAVIR »(Confucius)
Le soleil n’est pas encore levé sur le bivouac que nous sommes déjà en train de préparer nos sacs. Vu la chaleur d’hier, aujourd’hui encore le départ est anticipé sur l’horaire prévu.
Petit à petit le jour apparaît, dernier cadeau du bivouac.
Au loin, nous pouvons voir s'élever des montgolfières. C'est magique ! Survoler le désert en montgolfière au petit matin, ça doit être quelque chose !
Ce n’est pas sans nostalgie que je remballe mes affaires pour la dernière fois.
A nouveau, cette aventure dans le désert aura rempli toutes ses promesses et m’aura offert ce que je suis venue chercher : de belles rencontres avec de belles personnes aux parcours de vie bien différents mais qui finalement se retrouvent dans une même passion, des moments suspendus, dans un autre espace-temps, des paysages à vous couper le souffle, et ce dépassement de soi que j’aime tant aller chercher.

Aujourd’hui, c’est la dernière étape.
Dernier tour en 4x4 pour rejoindre le Pont de Roche Géant, point de départ du jour. Et c’est parti !
Comme chaque jour, le groupe va s’étirer petit à petit.
Comme chaque jour, je vais faire 99% de l’étape seule.
Et comme chaque jour, je vais m’émerveiller de tant de beauté et en prendre plein les yeux pour ne surtout rien oublier.
Cependant, ce matin, j’ai envie de musique. Jusqu’à maintenant, j’ai aimé écouter le silence et les seuls bruits du vent et de mes pas. Mais là, tout de suite, j’ai envie d’ajouter à ce tableau la voix de Loreena. Je mets mes écouteurs et soudain le mariage des paysages de dingue avec ses morceaux ajoute à cette dernière étape un kif absolu.
Aujourd’hui encore, il va faire chaud, très chaud, très très très chaud.
Et vers 10h30 encore, mon corps va passer en surchauffe.
Après le premier ravito, saignement de nez. La poisse… Mais je suis rôdée, je gère, je sais que, clairement, c’est la chaleur.
A nouveau, nous allons croiser le Toubib qui tourne avec son 4x4 pour nous arroser, la température devant être globalement similaire à celle d’hier. On se croirait dans un four en mode pyrolyse.
Le sable est mou, le parcours est exigeant.
Mais nos champions sont toujours pimpants : Salameh survole le sable et Aline, ma Gazelle du Désert, galope vers la victoire. Quelle sacrée nana !
Nous passons par des paysages hallucinants, vraiment c’est sublime.
Je m’arrête pour ramasser un peu de sable, c’est ma petite tradition.
J’emporte un bout du Wadi Rum avec moi. Tout comme le désert d’Ica a gardé un bout de mon cœur, le Wadi Rum ne me laissera pas repartir telle que je suis arrivée.

J’aime le Désert. Vraiment. J’y ressens une vraie sérénité, une connexion avec la nature et avec moi-même. Il m’aide à grandir. Il m’apaise. Mes derniers mois ont été difficiles. D’ailleurs je n’ai pas pu me préparer comme il aurait fallu, mais j’ai malgré tout pris énormément de plaisir à être dans ce sable, aussi dure qu’ait été l’épreuve.
Oui, le Désert m’apaise autant qu’il me demande d’efforts et me fait sortir de ma zone de confort.
L’aventure est différente, l’endroit est différent, mais le Wadi Rum lui aussi m’aura changée.

Nous (re)traversons ensuite le lac asséché d’hier. Puis retour le long de la voie ferrée.
Olivier arrive à mes côtés. Nous voyons passer un cheval qui a dû s’échapper. Par chance il s’éloigne de la route, mais personne ne semble à sa recherche.
Olivier me dit qu’il a été mal fichu. Il me parle de son expérience sur le Marathon des Sables. Il a l’air coutumier de la souffrance extrême en course. Je me surprends à me demander s’il ne prend jamais de plaisir dans ses courses ? Moi je ne fais certes pas de performance, mais je prends du plaisir ! Je viens surtout pour ça, pas pour le confort primaire du bivouac hein !
Je n’aurai pas le temps de lui poser la question, car il est déjà reparti en trottinant, et je vois sa silhouette disparaître au loin.
Le sable se fait de plus en plus mou, si c’était encore possible... Comme si la ligne d’arrivée voulait se faire désirer un peu plus à chaque pas.
4km de sable terriblement mou et casse pattes. La chaleur est écrasante.
Je suis liquide, je bois comme je respire.
Tu pourrais te dire qu’à boire autant j’ai dû passer ma vie derrière des buissons ? Eh bien figure toi que je n’ai jamais fait une seule escale pipi de toute la course. J’ai transpiré chaque goutte d’eau ingurgitée ! Hallucinant.
Le Wadi Rum ne veut pas nous laisser partir, il veut qu’on se souvienne de ces paysages de folie…
Je m’enfonce toujours plus dans le sable, les kilomètres défilent lentement.
Petit à petit, nous revenons à la civilisation. Je vois apparaître un camp, puis deux… je me dis que l’arrivée approche.
J’y suis presque. Je n’aurai certes pas couru comme je l’avais souhaité, mais j’ai vécu une aventure extraordinaire dans un désert magnifique.
J’aperçois l’entrée du complexe, et flotter le haut de l’arche Raidlight.
Alors je remets mes jambes en route et je me mets à courir: il n’est pas question que je franchisse cette ligne en marchant.
Il n'y a plus de chaleur extrême, plus d'ampoule, plus de fatigue. Il y a une ligne d’arrivée à franchir. La dernière !

J’y suis : 109km dans le désert jordanien. Je franchis la ligne avec la chair de poule. Ce n’est pas la plus belle ligne d’arrivée de cette aventure, mais c’est un très beau moment.
C’était difficile, c’était exigeant, mais c’était tellement incroyable !
Et je l’ai fait ! Je suis toujours une Guerrière.
Ces 109km dans le désert ne sont pas que des kilomètres dans le sable et les dunes.
C’est un incroyable voyage avec moi-même, qui a commencé bien avant que je ne mette les pieds dans le sable jordanien.
Apprendre sur soi, se retrouver face à ses doutes et à ses peurs, apprendre à grandir, à guérir, aller chercher des forces qu’on n’imagine même pas avoir, prendre du temps pour réfléchir, pardonner et se pardonner, penser et (se) panser.
Dans ma traversée du désert, il y a eu bien plus que mes 109km…
Comme la première fois, il me faut du temps pour redescendre de ces dunes, pour revenir à ma réalité, et pour me reposer.
Rentrer du Désert, c’est revenir vidée physiquement, mais pleine et riche intérieurement…
Lorsque j’ai ouvert l’ultime Ceryzor 300+, la médaille disait « Follow your dreams ». C’est tellement à propos !
Suis tes rêves ! Ecoute ton cœur, et rappelle-toi que tu es ta seule limite !
.../... à suivre




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