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RAIDLIGHT DESERT TROPHY 2024 * Episode 7

  • Photo du rédacteur: Cécile Germin
    Cécile Germin
  • 12 oct. 2024
  • 6 min de lecture

Etape 3 :

« J’AI TOUJOURS AIME LE DESERT. ON S’ASSEOIT SUR UNE DUNE DE SABLE. ON NE VOIT RIEN. ON N’ENTEND RIEN. ET CEPENDANT QUELQUE CHOSE RAYONNE EN SILENCE » (Antoine de St Exupéry)

Contre toute attente, la tente qui ne ferme pas, c’est plutôt pas mal, car il fait plus frais, et luxe suprême, on peut même assister au lever de soleil sans bouger de son duvet. La journée s’annonce belle.


L’étape de la veille a laissé des traces chez les traileurs. Le soleil et la chaleur sont deux ennemis redoutables. Il a été convenu que le départ serait donc donné plus tôt, car la journée est prévue particulièrement chaude. Et encore ! Nous n’imaginons pas à quel point…

Nous avons nos petites habitudes maintenant : auto-contrôle des urines (indispensable pour guetter la déshydratation), et surtout un bon petit dej, pour partir en pleine forme. J’ai troqué le houmous contre du fromage de chèvre frais absolument délicieux. Aline, elle, carbure à une sorte de « turon », une pâte hyper sucrée d’ingrédients non identifiés. J’ai goûté, mais c’est bien trop sucré pour moi.

Et en avant pour un nouveau petit tour en 4x4 !!! J’ai compris : ne pas monter dans le Isuzu, il a les roues voilées, pas non plus dans le Toyota, le chauffeur est un fou furieux… j’opte pour le dernier, le voyage est quand même bien mouvementé, ça fait clairement partie du folklore. Mais qu’est-ce qu’on aura ri avec ces 4x4 !!!!

Nous revoilà partis pour environ 25km. Aujourd’hui les maître-mots qui définiront l’étape seront « dunes » et « chaleur extrême ». La trace de l’étape se résume à une grande ligne droite de 25km majoritairement dans du sable mou.


Nous allons longer la voie ferrée, puis traverser une route (bon cette partie-là est clairement moche), mais ensuite, se dresse devant nous un lac asséché immense. Enfin un peu de répit pour nos pieds ! C’est pour mieux affronter celle qui arrive : LA dune ! Le ravito est au sommet, encore faut-il réussir à l’escalader.

La vue est absolument imprenable. C’est la magie des dunes, comme si le désert te récompensait de tes efforts. Le sable est d’une finesse et d’une couleur incroyables. C’est beau. Somptueux. Aujourd’hui il y aura encore 2 autres dunes, pour régaler nos pieds et nos yeux. Les gravir, c’est difficile, mais je prends tellement de plaisir à ça ! C’est encore un des paradoxes du Désert.

Nous passons ensuite près d’une forteresse. Pas moyen de savoir si c’est une vraie forteresse ou un décor de cinéma.

(*Rentrée en France, je chercherai qu'elle est cette forteresse. Et je vais découvrir que c'est un décor de jeu TV français. Un genre de Fort Boyard au milieu du désert. L'émission a rapidement été abandonnée car ce fut un flop. Le décor est resté, certains le visitent plus ou moins de manière clandestine, et certains jeux sont toujours sur place...).



Mon pied droit me fait mal. Aucun doute cette fois-ci sur la présence d'une ampoule. La question serait plutôt : est-elle déjà percée ? Surtout, ne pas s’arrêter et ne pas regarder. On jugera de l’ampleur des dégâts au bivouac.

Dans le désert, nous croisons régulièrement des bédoins, installés dans leurs tentes, gardées par leurs chiens. J’avoue que je ne suis pas très rassurée quand deux chiens viennent me suivre et m’aboyer dessus, mais visiblement mon monologue en français les a charmés, et je poursuis ma route sans encombre après qu’ils m’ont eu suivie un petit moment.

Le soleil est de plus en plus haut. Vers 10H30, se produit une sensation étrange : comme si d’un seul coup, le coup de chaleur me tombait dessus. C’est très particulier comme sensation : je sens ma tête bouillonner et mes oreilles brûler. Je me protège donc la tête avec le buff de l’organisation que je mets sous ma casquette. La chaleur irradie tout mon corps. Elle tombe du ciel, mais remonte aussi du sol. Comme si j’étais plongée dans un four. Je bois, je n’en finis pas de boire. Encore et encore. J’ai soif, sans arrêt. Pas la peine de chercher à se mettre à l'ombre…. C’est vite vu : y’en n’a pas. Aux ravitos, le staff nous demande comment on se sent. Il nous arrose les casquettes, les bras. Je cherche un peu de répit à l’ombre de leur tente. A peine aspergée, je suis déjà sèche…

Ce désert est vraiment impitoyable. Magnifique mais impitoyable.

Je vois alors arriver Jordan. Je le sens dans le mal, je l’attends. On fait un bout de chemin ensemble. Jordan est un jeune homme vraiment attachant. Derrière sa carapace de gros dur, sous ses nombreux et étranges tatouages, il y a un gars super gentil, sensible, et généreux. Militaire en retraite, il me racontera au cours de notre aventure jordanienne sa vie d’avant, son amour pour sa Patrie (pas forcément reconnaissante) et son pays. Il me parlera aussi de son chien, son bébé, un husky. Il m’expliquera certains de ses tatouages. Il me parlera aussi de la guerre, de ses missions, de ses frères d'armes. Il me confiera la mission de trop, la perte de son ami sous ses yeux. Ayant remarqué ses doigts, je comprendrai sans explication les tortures qu’il a subies, et au travers de ses mots je verrai ses maux, et son syndrome de stress post-traumatique. Défendre son pays, ça peut vous briser un homme. Jordan est un avion de chasse, il a un super niveau, c’est un vrai compétiteur. Contrairement à moi, lui il est là pour faire un chrono. Oui, j’avoue, Jordan, au milieu du désert jordanien, m’a rappelé mon fils, avec son côté impulsif, fou-fou et son cœur gros comme ça.



Le Toubib arrive en 4x4 à notre hauteur et nous arrête. Il veut nous arroser. Je lui tends ma casquette, mais il me répond « Non non, là, tu penches la tête, et je t’arrose, VRAIMENT » Il nous dit qu’il reste moins de 2km avant le bivouac. 2km de grimpette en plein cagnard en fait. Jordan a repris du poil de la bête. Il repart devant en courant. Mais comment fait-il ? Je ne suis même pas capable de trottiner tant il fait chaud. Il m'a dit le soir que ce bout de chemin ensemble lui avait redonné la patate.

On ne vient pas dans ces aventures-là par hasard. Chacun a sa motivation pour aller chercher ses limites. Je découvrirai au hasard de mes discussions les parcours parfois très touchants de certains concurrents. Il y a ceux qui viennent pour en découdre avec le sable, avec leur chrono, et puis il y a ceux qui viennent se confronter à eux-mêmes, à leurs manques, à leurs démons peut-être, ceux qui viennent se chercher, ceux qui veulent oublier, ceux qui viennent se reconstruire…

Sous le soleil brûlant, cette fin de parcours est terriblement longue. Je sens mon cerveau littéralement palpiter sous ma casquette. Mais où est donc l’arche d’arrivée ? Ça monte, ça monte sans jamais s’arrêter…. J’entends Jordan pester au loin !

Quand enfin, tout en haut de la butte, alors que je suis en train de me liquéfier, j’aperçois le bivouac en contrebas. Mais il reste un bon petit bout de chemin, l’organisateur est quand même un brin vicieux !

Quelques 5h14mn et 24km m’auront permis de boucler cette 3e étape.

Le Toubib nous dira le soir que nous sommes montés à 46 degrés dans la journée, sans une once d’ombre, sans vent. Clairement la chaleur a été digne de l’Enfer. Aussi terrible que les paysages étaient somptueux. Pauline, une concurrente qui est aussi médecin urgentiste dans la vie, soignera avec calme et douceur mon ampoule afin que je puisse ingurgiter les derniers kilomètres restants demain.



Je peux maintenant profiter d'un peu de calme pour ouvrir mon 3e Ceryzor 300+ : c'est mon nouveau rituel du soir. La médaille du jour tombe à point nommé : "I hope you believe in yourself as much as I believe in you / Don't forget how strong you are". Merci ! Aujourd'hui encore il a fallu croire en soi et être fort pour surmonter cette chaleur de dingue.

Pour nous reposer en attendant le repas, je fais découvrir à Aline la voix sublissime de Loreena MacKennitt. Allongées toutes les deux à l'ombre sous une tente au milieu du Wadi Rum, elle tombe sous le charme de sa voix cristalline et du son de sa harpe. Le temps suspend son vol... Ce moment est magique. Submergée par mes émotions, j'essuye discrètement quelques larmes. J'ai tellement de chance d'être là, de vivre ça. J'aime tant le Désert ! Carpe Diem !

(Le Bar du Bivouac...)

Ce sera notre dernière nuit sur le bivouac, car demain déjà, c’est la dernière étape, celle qui nous ramènera au village de Rum. Le ciel nous gâtera une fois encore, avec des couleurs flamboyantes que nous avons bien méritées.

.../... à suivre

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