RAIDLIGHT DESERT TROPHY 2024 * Episode 5
- Cécile Germin
- 12 oct. 2024
- 6 min de lecture
Étape 1 :
« TA DOULEUR D’HIER EST TA FORCE D’AUJOURD’HUI » (Paulo Coelho)
Le départ est d’abord donné pour la course « 220km non-stop » puis nous rejoignons en marchant notre ligne de départ, à 3km du bivouac.
L’arche de pierre est imposante, certains s’aventurent tout en haut, je reste sage, pensant à Laurence qui a bousillé sa course hier à Petra, en se faisant une entorse en redescendant du Deir.
L’excitation monte.
Soudain, Fabrice me dit qu’il a oublié ses semelles orthopédiques dans ses baskets à l’hôtel, et que donc il n’a aucune semelle dans ses chaussures… Par chance, un mec de l’organisation a une 2e paire de baskets dans le 4x4 et lui prête des petites semelles. Ça commence bien !

Le départ est donné !
C’est parti pour 30km qui nous ramèneront au bivouac.
Je pars confiante, en courant. Les premiers kilomètres s’égrènent. Je suis en queue de peloton mais ce n’est pas un problème, je reste avec Isabelle, on se suit.
Isabelle a 67 ans, elle est gynéco juste retraitée. J'ai pas mal échangé avec elle par messages avant de la rencontrer. Une femme charmante, très sympa, qui court toujours avec Henri, son mari du même âge, anesthésiste lui aussi récemment retraité.
Ensemble ils ont couru des courses de dingue, dont certaines sont sur ma liste, comme le Polar Circle Marathon, ou celui de la Muraille de Chine… je trouve ça génial de partager ça en couple. J'ai tellement aimé réaliser mon épopée sur le Canal de Bourgogne et les 100km de Millau avec mon GG.
Isabelle et Henri sont la preuve vivante qu'on peut partager des challenges de dingue en amoureux.
Je comprends assez rapidement que je suis partie bien trop vite, emportée par l’ambiance de la course et l’émulation du groupe. Je n’ai pas tenu compte de la chaleur, et je me rends compte que le sable est beaucoup trop mou pour continuer à courir. Je suis en train de me griller en beauté.
Alors je décide de ralentir et de regarder Isabelle s’éloigner devant.
Je fermerai la course. Je ne le sais pas encore, mais je fermerai la caravane jusqu’au bivouac.
Le sable est mou, très mou. Le soleil tape, fort. J’ai beau avoir ralenti, j’ai beau boire, c’est trop tard : je me suis grillée. Je vais petit à petit littéralement subir cette étape. Je suis dans le rouge.
Il m’aura fallu moins de 10km pour flinguer ma première étape. Et paf ! Explosion en vol.
Les paysages sont cependant à la hauteur de mes espérances. C’est sublime !
Mais je vais finalement prendre assez peu de photos, j’essaye surtout de rester concentrée, car je prends cher.
Je n’arrive pas à manger. Rien. Ça passe pas.
Je retrouve avec plaisir le bruit de mes pas dans le sable, le bruit du vent dans le silence du désert, ces étendues majestueuses qui m’ont tant transportée au Pérou.
Ce désert est complètement différent, et même si aujourd’hui je le trouve impitoyable, je suis tellement heureuse d’être là. Oui je sais, ce sentiment est très paradoxal car je prends aussi tellement cher à cet instant précis.
Je passe les ravitos. Quand ils me voient, les bénévoles m’accueillent à grand renfort d’encouragements, « Ahhhhhh ! Voilà le 132 !!!!! Allez !!!! ».
Je suis suivie (un peu loin) par le serre-file qui ramasse les fanions, je lui propose de les ramasser, pour rigoler, mais elle décline.
Arrive LA dune, splendide, mais… diabolique ! C’est plein cagnard. Je vais la monter avec lenteur, suivie par le serre-file, qui m’encourage, j’ai l’impression de reculer à chaque pas tellement je m’enfonce.
Mais je ne suis pas montée pour rien : la vue au sommet est somptueuse, à couper le souffle que je n’ai plus.
Les dunes, elles se méritent, mais elles t’offrent des paysages incroyables ! Je profite de ce moment puis je redescends, avec un accueil de championne en bas.
Du coup je sors mes Tagadas, et je fais carton plein : « Oh ! Des truffes du désert ! »
Clairement, les fraises Tagadas en plein désert, ça a été pour beaucoup une révélation, et je crois que si certains ne se rappellent pas de mon prénom, ils se souviennent peut être de la « fille aux Tagadas et aux M&M’s».
J’ai soif, mais pourtant je ne bois pas assez, j’ai toujours du mal à manger, ma gorge et ma bouche sont sèches, et je sens ma tête qui tape sous ma casquette. C'est une étape difficile, pour le corps et pour l'esprit.
Les kilomètres s’enchaînent, le serre-file change à chaque ravito, mais me laisse faire ma course sans me coller. Je suis seule.
Face à cette épreuve difficile que je subis, j’avais oublié combien le Désert est impitoyable. Ma prépa sous la pluie, c’était du pipi de chat.
J’avance lentement, dégoulinante, à me dire que je prends cher, qu’il faut rejoindre le bivouac, même en bonne dernière. De toutes façons il en faut une. Cette fois-ci, ce sera moi !
A chaque ravito, j’ai droit à un petit questionnaire pour savoir si ça va. Et un rafraichissement en règle, parce que ça tape.
Hier soir au briefing, Benoît nous a expliqué qu’avant d’arriver au bivouac, nous allions passer dans un canyon, et que « les petits auraient besoin des plus grands ».
J’entre dans le canyon. C’est somptueux. C'est alors que la phrase de Benoît prend sens. Devant moi, un mur de pierres, énormes, à escalader. Mais je n’ai pas de grand avec moi. J’ai juste… moi. Ahahahah ! Une moi cuite archi cuite, rincée de fatigue. Face à ces roches que, de toutes façons, je vais devoir franchir.
Alors j’y vais. Je mets les bâtons en hauteur, je cherche les meilleurs appuis, et je me hisse, cahin-caha, jusqu’en haut.
Il doit à présent rester 2km. Je croise un touriste qui me demande ce que je fais là ! Il doit me prendre pour une folle. Finalement, tout de suite là maintenant, moi aussi je me demande un peu ce que je fais là ahahah !
Une grande ligne droite. Elle parait interminable mais je sais que le bivouac est au bout. Je sens monter des larmes que mon cerveau ordonne immédiatement à mes yeux de garder. Si près du but, pas question de flancher. Je suis une putain de Guerrière. Et Je vais lentement mais sûrement aller chercher ce bivouac.
Enfin, au loin je vois l’arche bleue Raidlight, la délivrance est proche.
06h06mn et 29km après le départ, le dossard 132 passe la ligne, en bonne dernière, et va littéralement s’écrouler sur son matelas pour reprendre un peu ses esprits.

(Pour le moment les pieds vont bien.....)
Après quelques minutes de récup, je reviens petit à petit à la réalité et je décide qu'il est grand temps de prendre mon premier Ceryzor 300+. Dans l'emballage se cache une jolie médaille en forme de cœur sur laquelle est gravé "Never forget the difference you make". Merci…… Les yeux humides, je décide alors que j'ouvrirai les Ceryzor à chaque arrivée. Comme une récompense !
Partie trop vite, pas assez ravitaillée, avec la chaleur, je suis dans le rouge.
L’avantage d’aller pisser dans un sac, c’est que tu contrôles facilement tes urines. Et le verdict est sans appel : je suis vraiment déshydratée. Hors de question de subir une nouvelle étape, je suis venue pour profiter du Désert, je vais passer la soirée à me remettre, à m’hydrater correctement, à manger aussi, parce que maintenant j'ai vraiment faim.
Et demain, je partirai sur le parcours «Rando», raccourci de quelques kilomètres par rapport au parcours «Trail». Quitte à trottiner quand ce sera possible. Mais ça suffit les conneries.
Parce que le Patron, c’est le Désert.

(La Big Dunasse, vue d'en bas, avant d'en baver pour la monter.... vue comme ça, elle n'a pas l'air bien méchant....... mais en vrai !.........)
Ce soir encore, le ciel nous offrira un sublime coucher de soleil, et un ciel étoilé, pour profiter de notre repas bédouin.
Cette nuit, je sortirai les boules Quiès, pour ne plus entendre les turbines de compet’ des ronfleurs de la tente. Mais de toutes façons, je suis tellement rincée que sitôt couchée, j’ai déjà rejoint Morphée.
.../... à suivre






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