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LES 100KM DE MILLAU 2023 (partie 2/2)

  • Photo du rédacteur: Cécile Germin
    Cécile Germin
  • 20 oct. 2023
  • 9 min de lecture

Dernière mise à jour : 20 avr. 2024

Chapitre 3 : LES NOMBRES (suite) KM 52 à 65 : Maintenant, on sait qu’on va se bouffer 12km de côtes : une première partie de 8km, suivie de la fameuse côte de Tiergues de 4km, jusqu’au col. Mais une fois passés ces 2 gros morceaux, il n’y aura « plus qu’à » redescendre sur St Affrique. Le jour commence à tomber, nous avons dégainé nos frontales et nos gilets jaunes au passage du ravito. Je n’ai jamais couru « vers la nuit », j’ai couru « vers le jour ». Je trouve ça angoissant, mais je suis avec GG, qui ne faiblit pas d’un iota. Et puis la nuit va aussi nous apporter de la fraîcheur. Finalement je gère plutôt pas mal la partie de 8km, toujours en alternance course / marche. Sur le papier la côte est flippante, mais dans la réalité elle passe pas mal. C’est une succession de grimpettes assez étirées. GG va mettre en route la musique sur sa petite enceinte, pour nous ambiancer. Il a téléchargé une playlist de plusieurs milliers de titres en tous genres, mais vraiment en tous genres… donc ça nous vaudra quelques fous-rires et quelques « Oh purée, change s’teu plait , c’est de la daube !!! » La côte de Tiergues par contre, ça va être une autre histoire. Pour le coup, celle-ci, elle ne s’étire pas. En revanche, elle brûle les cuisses, elle casse les mollets, … et le moral aussi. Je la trouve absolument interminable. Plus question d’alterner course et marche, je me traîne avec lenteur. Je m’accroche à l’objectif de rallier St Affrique. Avancer, lentement mais sûrement. Enfin, la montée se fait moins raide, et on commence à se dire que ça sent la fin. Nous atteignons le col de Tiergues, et savons qu’à présent c’est la redescente de 6km jusqu’à St Affrique. Nous passons le 65e km après 10H39 de course. KM 65 à 71 : Je reprends mon alternance course / marche. Ça descend, mais sans trop piquer comme pour le Viaduc. Cependant, pas de répit, on sait qu’il n’y a pas de faux plats, on a reconnu le parcours. C’est cette remontée dans le sens du retour qui m’effraie le plus sur cette course. Le 2e objectif est proche, je veux arriver avant 22H à St Affrique pour être large avec la barrière horaire (fixée à minuit). Ambiance karaoké avec la musique de GG. Deux femmes aux t-shirts couleur saumon nous ont raccrochés, parce qu’elles aiment notre musique. DJ GG est dans la place pour la « Saturday night fever » !!! Nous voilà au panneau St Affrique : il est 21H43, le plan se déroule sans accroc.

Direction la base de vie pour une petite pause bien bien méritée. Là encore il y a des massages, mais il y a trop de monde qui attend, alors je renonce. Je décide de m’allonger quelques minutes sur un lit de camp mais je me refroidis super vite. Et puis j’ai envie de dézinguer quelques Fraises Tagada alors on les dégaine avec GG, en même temps que nos vêtements chauds, parce qu’il commence à faire froid dehors. Je retrouve un des deux gars que j’ai croisé sur les premiers kilomètres. Il est seul, dans le dur, il me dit avoir les intestins en vrac. *** spoiler : il abandonnera ici, et rentrera à Millau en bus *** La pause dans l’effort me refroidit trop rapidement et je me mets à grelotter fort. Je dis à GG qu’il faut qu’on reparte, après m’être couverte pour le retour. Maintenant nous allons vers le dernier objectif : l’arrivée ! Il reste 29 kilomètres. Nous avons déjà 71 bornes dans les pattes. Ça tire, mais il va bien falloir rentrer ! KM 71 à 85 : Nous voilà donc face à cette côte de 6km pour remonter jusqu’au col de Tiergues. Ma plus grande appréhension. Je ne sais pas si c’est la pause à St Aff, mais globalement, avec GG on est d’accord : elle est plus impressionnante qu’elle n’est réellement. On la monte, doucement, mais on la monte. Finalement, ce ne sera pas elle la pire. Mais j’ai froid, et force est de constater que je n’ai pas pris assez pour me couvrir. Je n’ai pas correctement évalué l’impact de la fatigue sur le corps. Et puis je ne mange pas assez, je ne bois pas assez. Ça a du mal à passer. Je me force, mais clairement, je sais que mes apports ne sont pas suffisants. Je vais payer le prix un peu plus tard. Je commets là de nouvelles erreurs : l’alimentation insuffisante et le mauvais choix de vêtements. Bon an mal an, on arrive en haut du col de Tiergues. Les 80km sont proches. 80 bornes… prendre conscience qu’on a fait 80 bornes, bordel ! On est des guerriers… Mon GG tient la route, il ne faiblit toujours pas. Ce qui est le plus dur finalement c’est le manque de sommeil, parce que mon GG, c’est un couche-tôt. Il m’impressionne. J’ai eu beaucoup de craintes avec sa prépa relativement light (… euphémisme…). Les 4km de descente vont être aussi longs qu’à la montée ahahah, je reprends mon alternance course / marche, mais là encore je les trouve interminables. A présent je rêve d’un massage des cuisses, j’ai les quadriceps en mode « combustion spontanée ». Je dis à GG qu’il me semble qu’au ravito de St Rome il y avait des massages. Je suis donc super impatiente d’y arriver. Mais je déchante vite : que nenni, point de massage. De la soupe et du chocolat à croquer, des lits de camp, mais hélas, pas l’ombre d’un masseur. La soupe me tente, mais je me rappelle un podcast où Cécile Bertin racontait avoir été malade à cause d’une soupe. Hors de question qu’une bolée de soupe vient gâcher ma course. Je repars donc frustrée et frigorifiée du ravito. Je vais mettre de longues minutes à vaincre le froid. Je reprends doucement mon alternance course / marche mais ça devient difficile. Je sens que mon corps arrive dans ses retranchements. Je devrais manger, mais je n’ai pas envie. Je me force, mais je sature. J’ai lâché les compotes, je ne mange que les sandwiches. Soudain, dans le ciel, passe un truc qui ressemble à une étoile filante mais avec une trainée. GG pense que peut-être c’est une comète. Mystère… en tout cas, c’était beau. Et j’ai fait un vœu, sait-on jamais ! La descente des 8km va nous ramener à St Georges de Luzençon, là où j’avais vu les premiers massages. Je m’accroche à cette perspective : me faire enfin masser mes pauvres cuisses en feu. Je ne lâche rien, on a passé la dernière barrière horaire de St Rome, maintenant rien ne nous empêchera d’arriver à Millau. Chapitre 4 : LE CHEMIN DE CROIX KM 89 : Il est 02H du matin, cela fait donc maintenant 16h que nous sommes en course. Nous arrivons au ravito de St Georges, je vais pouvoir me faire masser. J’en rêve depuis des km…. Je rentre dans la salle des fêtes, GG m’attend dehors avec son vélo. Et là stupeur. Horreur. Malheur. Ils sont en train de finir de plier les tables. Plus de massage. Finito. T’arrives trop tard ma grande ! Il reste 4 lits de camp, dont 2 sont occupés par un couple en piteux état. Je m’écroule sur un des lits restants. Et je me mets à pleurer. J’envoie un SMS à GG pour lui dire que je me pose, et qu’il n’y a plus de massage. Je pleure à chaudes larmes, aussi fort que j’ai froid. Il ne reste « que » 11km, mais là tout de suite maintenant, cela me semble insurmontable. J’entends que le couple à côté abandonne. Ça me fiche un coup. Je me dis que ça y est : j’ai atteint ma limite. GG arrive, je le vois dégainer la crème et prononcer les mots magiques. Il commence à me masser les cuisses. Il me dit que ça va aller, qu’on va finir, on va prendre le temps, de toutes façons on a le temps, y’a plus de barrière, et on va finir… Ensemble ! Oui, il faut repartir, il faut finir. Se remobiliser, c’est la fin. 11km quand on en a fait 89 ce n’est rien, et en même temps c’est l’Everest. Je prends un thé chaud à la sortie du ravito. J’ai tellement froid que je manque de renverser le gobelet tant je tremble. Ça me fait sourire.

KM 89 à 98 : Nous repartons. C’est la dernière ligne droite, je le sais. Il nous reste la côte du viaduc, et une autre à Millau, mais je préfère me dire qu’elle n’existe pas. J’ai prévenu GG que maintenant, je vais simplement marcher jusqu’au bout. Je ne peux plus courir, c’est mort. Mes jambes ne peuvent plus courir. J’essaye de m’alimenter mais je n’y arrive pas bien. L’alimentation a été un vrai point faible, qui je pense, m’a pénalisée. A refaire, je gèrerai différemment. Je n’ai pas donné assez d’énergie à mon corps. Mon corps qui s’est mis en mode « économie d’énergie ». C’en est fascinant : à chaque fois que je mange un truc, immédiatement après j’ai un horrible coup de froid. Comme si la Machine mettait ce qui lui restait d’énergie sur la digestion, au détriment du maintien de la température. Mon corps est meurtri par ces 90km… mes cuisses brûlent, j’ai les pieds qui chauffent et je suis persuadée d’être percluse d’ampoules (ce qui est faux…), j’ai desserré ma chaussure droite plusieurs fois, j’ai mal au dos. Et j’ai froid, très froid. Il est temps de rentrer, là je veux juste finir, franchir la ligne. Je sens que la tête sature. Plusieurs fois je dis à GG de monter avec son vélo et de m’attendre en haut, mais il ne veut pas. Il reste avec moi. Sa musique en tous genre continue, mais maintenant je m’en fiche quand c’est une grosse daube qui passe. Je ne lui demande même plus de changer. L’ambiance n’est plus au karaoké. Des voitures nous doublent, la circulation ayant été rouverte, on trouve d’ailleurs ça plutôt dangereux. Nous avons enfin dépassé le Viaduc, et la descente s’annonce, plutôt raide. Le dos prend cher, mais je sais que c’est la dernière. Nous allons rejoindre Creissels, qui jouxte Millau. On n’a jamais été aussi proches du but. Nous sommes quasiment seuls. Finalement, cette côte du Viaduc, la plus courte, celle dont je ne me suis pas méfiée, c’est elle qui m’aura fait le plus souffrir… L’humidité est tombée, j’ai toujours aussi froid, j’aurai supporté une épaisseur de plus, clairement. Nous arrivons sur Creissels, la dernière côte nous attend, et je continue de marcher. 03H53 : KM95 04H06 : KM96 04H20 : KM97 J’égrène ces derniers kilomètres comme un chapelet. Je suis clairement poussée dans mes retranchements, mais je reprends vie : il reste 3km. 3 putains de KM et nous allons finir ! Nous allons réussir, et être finishers. Même si c’est difficile, le passage du panneau et l’entrée dans Millau me redonnent un coup de boost. Je ne peux toujours pas courir mais j’ai retrouvé un sursaut d’énergie. La tête a repris le dessus. La Guerrière est de retour.


Chapitre 5 : LA TERRE PROMISE Il est 04h31, nous arrivons au KM 98. C’est là que nous avons croisé tout à l’heure le vainqueur de l’épreuve, frais comme un gardon. Moi, là, je suis physiquement au bout de ma vie, il fait nuit, pas d’escorte de moto et personne pour nous ovationner. Mais nous sommes tout aussi méritants que lui, nous qui arrivons au bout de l’épreuve, à notre petit rythme. KM 99 :

Il est 04h48. Arrêt photo. Je réalise que nous terminons notre épopée, je sais que GG est crevé, c’est l’heure où il est déjà debout, et là il ne s’est même pas couché. Il n’a pas tangué. Il a râlé pour la forme, mais lui aussi, il a fait ses 99km. Il me dit que le Parc de la Victoire est proche. On y entre par la grille en fer, celle-là même que j’ai vu s’ouvrir au son de la samba quelques 18h55 plus tôt. Nous y sommes ! L’arrivée est au bout de l’allée. GG me dit qu’il va m’attendre ici. Je lui réponds qu’il en est tout bonnement hors de question ! Nous avons fait cette course ensemble, on passe la ligne ensemble. JA-MAIS je ne la passerai sans lui… et ça n’est pas négociable. Du coup j’ai oublié que j’ai mal partout. Je ne pense qu’à une chose : franchir cette ligne AVEC lui. 18H59mn de course. GG accroche son vélo, on range nos affaires dans les sacoches, pour pouvoir entrer dans le gymnase. Je prends lui la main, et nous montons vers l’entrée de la salle des fêtes. ENFIN ! Nous entrons dans la salle, foulons la moquette verte et nous passons la ligne. A cet instant, il n’y a plus de douleurs, plus de corps meurtri et frigorifié, plus de nuit sans sommeil. Il y a juste les 2 amoureux au dossard numéro 2 qui ont bouclé les mythiques 100km de Millau en 19h03mn. Ensemble.

Nous prenons la pose pour une photo que me propose gentiment une bénévole. Je ferai l’impasse sur le plateau repas proposé aux coureurs, n’ayant qu’une idée en tête : me couvrir chaudement et aller dormir !!! SuperGG est d’ailleurs déjà reparti, en utilisant pour la première fois du parcours l’assistance électrique de son vélo pour retourner à l’hôtel, tout ça pour revenir me chercher en voiture, et m’épargner 2km de côtes… Mon Chevalier Servant ! Millau, c’était une expérience incroyable, très difficile physiquement mais aussi dans la gestion de course. Je naviguais en eaux troubles et en terre inconnue, ce qui m’a valu quelques erreurs stratégiques qui ont forcément impacté ma course (alimentation, vêtements, gestion de la fatigue). Je pense sincèrement que sans GG, je ne serai pas arrivée au bout. C’est aussi très exigeant mentalement. Courir seule sur des distances parfois monotones, surtout de nuit, et aussi longtemps, demande une force que je ne pense pas avoir. Je crois que cette distance n’est pas forcément faite pour moi, pourtant j’aime le long, mais elle demande une préparation de dingue, des sacrifices importants, et la difficulté de l’épreuve n’est pas une légende. En revanche, le côté « course à l’ancienne » de Millau, pourtant mythique et bien rôdée, lui donne un charme certain, en plus d’un décor vraiment splendide. En clair, si on ne devait en faire qu’un dans sa vie, autant faire celui-là !

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