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LES 100KM DE MILLAU 2023 (partie 1/2)

  • Photo du rédacteur: Cécile Germin
    Cécile Germin
  • 20 oct. 2023
  • 10 min de lecture

Dernière mise à jour : 20 avr. 2024

Chapitre 1 : LA GENESE Le 100km de Millau est une course mythique, LE 100 bornes par excellence, le plus ancien de France (dans le Milieu on l’appelle « la Doyenne » …). Il est sans doute aussi l’un des plus exigeants, avec ses 1200m de dénivelé positif. Paradoxalement, c’est aussi une course « à la bonne franquette ». Quand on est habitué aux grosses courses type « Marathon de Paris », ça dénote complètement, et c’est plutôt chouette. Je m’explique : pour Millau, j’ai envoyé un bulletin d’inscription papier, avec mon chèque à l’intérieur, l’inscription en ligne n’étant pas tout à fait opérationnelle. A Millau, tu le sais dès le départ, il n’y aura pas de médaille à l’arrivée. Tu cours pour la fierté de franchir la ligne et d’entrer dans la famille des « Cent-Bornards », pas pour la médaille. La seule médaille est attribuée au vainqueur, une médaille un peu comme celle du cross du collège, à l’ancienne. Les 100km de Millau sont portés par des centaines de bénévoles, il y a très peu de sponsors, et du coup, ça en fait une course authentique et sans chichis. Après mon aventure dans le désert péruvien, j’ai eu un « désert blues » ... Quand tu as couru la course dont tu as rêvé pendant des années, quand tu as réalisé ton rêve, quand ton cœur est rempli de ces images et de rencontres incroyables, de cette expérience de dingue, qu’est ce que tu peux faire ? Quel défi pourrait te faire vibrer à nouveau ?

Et c’est là qu’arrive Pierre, le fameux Pierre qui est là depuis mes débuts, celui qui me racontait ses courses avec des étincelles dans les yeux, à l’époque où je n’avais même pas dans l’idée qu’on puisse prendre du plaisir à courir, ce Pierre dont le cerveau regorge d’idées à la con… Alors que mon cerveau à moi était encore plein de sable, et que je réfléchissais à m’inscrire sans trop de conviction sur la Saintélyon (85 bornes en plein hiver entre St Etienne et Lyon), Pierre me dit : « Bof… à 15 bornes près, tu devrais plutôt faire un 100km. Tu serais Cent-Bornarde ! » A quoi j’ai répondu que 100 bornes, quand même, non, je n’en étais pas capable. Et là, il m’a asséné "THE" argument fatal : « Si si, je sais que t’en es capable, et en plus tu peux avoir un suiveur à vélo ! GG par exemple ! » Et paf ! en un quart de seconde, il m’avait vendu le bazar. C’était décidé : je ferai Millau, et avec GG... qui ne se doutait même pas de ce que j'avais prévu pour lui ! Voilà comment je me suis retrouvée à envoyer mon bulletin d’inscription papier aux bénévoles de Millau, un jour froid de février, inscription hyper précoce qui m’a valu mon dossard numéro 2 si parfaitement adapté à notre duo d’amoureux, et qui a suscité tant de convoitise et d’intérêt de la part des autres coureurs (non non, je ne suis pas élite…) !

Et quelques mois plus tard, nous voilà le vendredi 29 septembre, à récupérer nos dossards dans la salle des fêtes du bien-nommé Parc de la Victoire. Le traditionnel village de course est lui aussi « à la bonne franquette » … On est loin du village type Marathon de Paris avec ses dizaines d’exposants prêts à te faire péter ton PEL en accessoires, gels et autres paires de pompes à 300 balles. Sur le village sportif de Millau, tu trouves du Roquefort, des gâteaux à la broche (la spécialité locale), du miel, de la charcuterie, quelques articles de la boutique officielle… et une buvette !

Nous avons ensuite récupéré le vélo électrique de GG, vers Millau plage. Puis, retour à l’hôtel, avant d’ingurgiter une bonne plâtrée de pâtes. Enfin, il a fallu préparer les ravitos, car j’avais choisi d’être totalement autonome sur la course ne sachant pas ce qu’il resterait au moment de mon passage, d’autant que j’avais un ravitaillement bien précis à suivre, validé par ma diététicienne. Le plan de bataille alimentaire était le suivant : à chaque heure de course je devais ingurgiter 500ml de boisson d’effort maison + 1 compote + 1 sandwich (pain au lait et viande des grisons). *** spoiler : je n’ai pas réussi à le suivre, et ça a sans doute joué dans ma performance décevante ***

Chapitre 2 : L’EXODE Samedi 30 septembre, 7H00 : après une bonne nuit de merde où j’ai revu le parcours 10 fois, 100 fois, 200 fois, nous nous sommes mis en ordre de marche ! Les suiveurs à vélo doivent se rendre au KM7, ce qui laisse au flot de coureurs le temps de se diluer au départ et d’éviter un joyeux bordel. GG part donc directement à Aguessac, pendant que je prends le chemin du Parc de la Victoire, un petit nœud au ventre et le cerveau plein de questions : Ma prépa perturbée va-t-elle suffire ? Mes intestins vont-ils tenir ? Comment vais-je gérer la nuit ? … Il fait déjà très chaud, je n’ai pas eu besoin de mettre un poncho, le ciel est d’un bleu sans nuage, le soleil tape déjà.

Je dépose mon sac à la consigne pour St Affrique (base de vie du 71e km). La salle des fêtes dispose de vraies toilettes, j’en profite pour mon traditionnel « pipi de la peur » d’avant départ. Je découvrirai avec bonheur que tout au long de la course, il y aura de vraies toilettes car pas mal de ravitos sont dans des salles communales. Ça peut sembler un détail, mais c’est un vrai luxe, surtout pour nous les filles.

La ligne d’arrivée est dans la salle des fêtes, déjà prête à nous accueillir, avec le panneau 100km. J’ai du mal à me figurer que je vais courir 100km. Ma plus longue course est de 50km, je n’ai jamais dépassé cette distance sur une seule sortie. Il va falloir aller la chercher cette ligne. Je sors me mettre au soleil, dans le Parc de la Victoire, en attendant sagement le départ. Les grilles du parc ont été fermées. Les coureurs s’agglutinent, certains sont concentrés, d’autres rigolent entre amis, d’autres encore paraissent stressés.

9H30 : l’ensemble de butacada « Samba Mio » commence à jouer. Jusqu’à cette année, c’était la fanfare de Millau qui accompagnait le cortège depuis le Parc de la Victoire jusqu’à la ligne de départ. Une vraie procession, une tradition. Cette année, c’est sur des airs de samba que nous allons rejoindre l’arche du départ, avenue Jean Jaurès. Les immenses grilles en fer du Parc s’ouvrent. Mes poils se dressent sur mes bras. Ce moment est incroyable. On y est. Après de mois de prépa, c’est l’heure ! Le cortège s’élance. Je me retrouve à côté d’un petit papi, auquel je ne saurai donner d’âge. Il entame la conversation. Il s’appelle Joël. Lui court son 13e Millau, il me dit qu’il court pour sa Belle-Mère, décédée cet été, à qui il a promis de finir. Je lui parle des Sky Angels, de mes copines qui se battent contre cette merde de cancer. On ne se connaît pas, mais en fait c’est toute la magie des courses : partager des choses avec des inconnus qu’on ne reverra sans doute jamais, mais pendant quelques minutes ou quelques heures, on vit le même truc. Le cortège continue d’avancer. On rejoint l’arche. L’ambiance monte d’un cran quand on stoppe pour attendre le départ. La butacada s’arrête, la musique et le speaker prennent le relais. Les gens sont aux fenêtres, ils attendent eux-aussi le départ de cette grand’messe annuelle. Le speaker annonce le départ d’un concurrent aveugle avec son guide. Puis, ça va être notre tour. Le coup de pistolet retentit à 10h tapantes, les aveyronnais sont ponctuels ! Ca y est : c’est parti… Les 1004 coureurs s’élancent.

Chapitre 3 : LES NOMBRES

KM 1 à 7 : Je le sais, je dois absolument finir le marathon « fraîche comme la rosée du matin », parce que la course commencera après le marathon. C’est donc pied sur le frein que je démarre. J’ai programmé ma montre pour respecter une alternance de 14mn de course et 1mn de marche. Ça, c’est la théorie jusqu’au marathon. Ensuite, malgré les bips d’alternance, je sais que les montées seront marchées quoiqu’il arrive. Garder des forces est l’objectif principal. Il fait déjà très chaud. La journée s’annonce caniculaire (nous atteindrons 34 degrés). Je suis tellement fière d’avoir quand même fait toutes mes sorties du plan, malgré la canicule parisienne. Ces sorties difficiles vont m’être très utiles car je suis déjà habituée à gérer la chaleur. Cette chaleur aura raison de bien des concurrents. Nous prenons la direction d’Aguessac, à 7km de Millau. Je connais bien ce coin, ce parcours. Nous y sommes venus plusieurs fois en vacances, le coin est sublime, le Tarn passant en contrebas. Je discute avec deux copains qui courent ensemble, leurs femmes les attendent au marathon pour les suivre à vélo. Eux aussi courent en Cyrano (alternance course/marche). Nous partageons notre étonnement de voir autant de « papis et mamies » sur la course. Incroyable ! Certains ont clairement dépassé les 80 ans, mais ils ont une patate d’enfer !

GG m’attend comme prévu, ça y est on va attaquer notre course à deux, parce qu’à deux, c’est mieux. La prochaine étape c’est le semi, entre le Rozier et Peyreleau. Il n’y a aucune difficulté d’ici là, donc on prend simplement le plaisir de courir et pédaler côte à côte. Je suis tellement contente de partager ce challenge de dingue avec ma moitié, ça nous laissera un souvenir extraordinaire. Je lui demande régulièrement si ça va, il prendra le parti de me répondre systématiquement « Je suis fatigué, … comme au premier mètre » ! Ahahahahahahah…. Ça sera son « credo ». Et ce, pendant 100 bornes. Du GG pur jus quoi !

KM 8 à 20 :

Les kilomètres défilent, les petits villages que nous aimons aussi. Rivière Sur Tarn, le Château de Peyrelade en haut de son rocher, les bords du Tarn, la petite église de Pinet, Boyne, Mostejouls, Liaucous, tous ces magnifiques endroits perchés…

Semi : 3h06



Nous arrivons au Rozier après avoir traversé le Tarn. Le Rozier touche Peyreleau, c’est un endroit vraiment très joli, mais je le sais, la première difficulté est là : ça grimpe. J’ai prévu un passage au semi à 3H30 de course, nous sommes donc un peu en avance. Ce n’est pas plus mal. La stratégie étant de s’économiser, on monte en marchant.

KM 21 à 30 : Succession de faux plats montants. L’air de rien, ça grimpe, en alternance. On a repéré le parcours avant, on sait que là, c’est ombragé, mais qu’il faut rester sages. Marcher les montées, trotter les descentes, jusqu’au village de La Cresse, le ravito du 30e. On en prend plein les yeux, c’est beau. C’est chouette de partager ça ensemble. Je suis surprise de la qualité des ravitos. Il y a beaucoup à manger, du choix en sucré et en salé. Beaucoup à boire aussi : eau plate, gazeuse, du coca, y’a aussi de la bière (bon là, j’avoue que je suis dubitative…). Nous ne sommes pourtant pas parmi la tête de course, mais plutôt la fin du peloton, mais il reste encore énormément de choses. On trouve aussi des sandwiches au pâté, à la crème de Roquefort, des œufs durs, du jambon… Incroyable ! Plus tard, la nuit tombée, on aura aussi de la soupe et des boissons chaudes. Ces ravitos sont les plus fournis que j’ai vu dans toutes mes courses. Millau n’a rien à envier à des grosses machines comme Paris. Bien au contraire…

KM 30 à 42 : Aucune difficulté à prévoir sur cette partie mais la chaleur est torride et cette partie-là n’est pas ombragée. Je vais avoir un coup de chaud vers le 35e, c’est très difficile, je me ferme et me mets dans ma bulle, je me dis qu’il faut me remobiliser, boire, manger. Objectif : arriver au marathon. Ne pas penser plus loin. Entrée dans Millau, direction le Parc de la Victoire, le balisage est franchement moyen, des flèches partout sur la route avant, quand il n’y a pas vraiment de risque de se tromper, mais arrivés à Millau, quasiment plus de flèches, c’est un peu bof.

Le Parc de la Victoire est là. Je laisse GG au parc à vélos pour faire son ravito et recharger mes bouteilles, et je monte pointer à la base de vie. Marathon bouclé en 6H20, j’avais visé entre 6h30 et 7H. On est dans le timing. Je m’accorde une pause de 10/15mn avant de repartir. Je me ravitaille, je me rafraîchis, je fais une « escale technique » et quelques minutes les mollets en l’air.

KM 42 à 52 : C’est maintenant que la course va vraiment commencer. Je fonctionne par objectifs intermédiaires : après le marathon, mon objectif c’est le 71eme, St Affrique et la 2e base de vie. Les difficultés sont devant nous : les côtes ! Et la première c’est celle du Viaduc, 2.5km. En attendant d’y arriver, nous sommes impatients de croiser le 1er. Parce que l’avantage d’une boucle, c’est que tu croises la tête du peloton. Et on ne va pas être déçus ! A la sortie de Millau, au 98e km (pour lui…), on le voit débouler comme une fusée, c’est hallucinant… Le gars a une foulée de dingue, pas une goutte de sueur ne perle sur son petit minois de gamin, il est frais comme un gardon, et il va aller exploser le temps en terminant en 6h58mn. Du coup, on s’attend à croiser le 2e. Mais le 2e on ne va le croiser que plus de 20mn après, car il a été distancé comme jamais.

Maintenant il faut attaquer la méchante grimpette du Viaduc. Il est là, majestueux, la route est pour nous, la circulation a été coupée, c’est incroyable. Impressionnant ! Une ambulance nous double et vient s’arrêter pour récupérer un mec qui ne peut plus avancer. Il est étendu au bord de la route, avec quelques personnes à ses côtés. Pour lui, l’aventure s’arrête là. Nous l’ignorons encore, mais nous ne serons que 769 sur les 1004 partants à terminer l’épreuve. Il fait toujours aussi chaud, mais j’ai repris du poil de la bête, je me sens bien, on approche les 50km, soit la moitié du parcours, on rigole avec GG, je prends du plaisir sur cette course à deux. C’est un truc de dingue ces 100 bornes. Petite pause photo au KM50, afin d’immortaliser la balade. Profitons-en pendant qu’il fait encore jour…

La descente va me tuer les cuisses. 2km, ça ne parait rien, mais je sens que ça chauffe, j’ai hâte d’arriver en bas. Au ravito de St Georges de Luzençon, il y a des massages, j’avoue que je suis bien tentée, mais je veux tracer sur St Affrique, d’une part pour valider la barrière horaire, mais aussi pour atteindre mon 2e objectif, avec le moins possible de course dans la nuit. Je commets là ma première erreur : j’aurai dû faire masser mes cuisses.

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