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Le Semi Raid 28 (19 janvier 2020)

  • Photo du rédacteur: Cécile Germin
    Cécile Germin
  • 2 juin 2020
  • 11 min de lecture

Dernière mise à jour : 6 févr. 2023



Et voilà... En participant à cette course, j'ai goûté à la course d'orientation.


Il y a quelques années, quand Pierre travaillait avec moi et que je n'avais pas encore décidé de me mettre au sport, il avait couru cette course en version longue, dans des conditions météo très dures sous la neige. Il m'en parlait avec tant d'enthousiasme que j'étais restée très admirative de son expérience... Je me demandais comment on pouvait avoir envie de courir, la nuit, sous la neige, pendant si longtemps et aussi, comment le corps pouvait supporter ça ?

Les années ont passé, et je me suis mise à courir. Une Spartan, puis deux, un semi, puis deux… En 2017 on avait prévu de se faire la version 28km du Raid28 avec Suzanne et Pierre. Mais la veille, la course avait été annulée pour des raisons météo. La déception avait été immense, mais l'idée était restée dans un coin de ma tête de bourrique.

Après le marathon d'Athènes, lors d'une soirée entre amis, Pierre nous a proposé, à Poki et à moi, de tenter l'aventure du Raid28.

Évidemment, on a dit oui !


Voilà comment, un petit deux mois plus tard, nous nous sommes retrouvés tous les trois sur la ligne de départ d'une course franchement pas comme les autres.

La préparation a été plutôt courte vu que j'ai pris un mois de repos après le marathon. Pierre me disait que j'étais prête mais je n'étais pas trop sûre de pouvoir enchaîner les deux.

Quelques sorties dans la bouillasse et une nouvelle paire de chaussures spéciales trail ont constitué l'essentiel de ma prépa.

Pierre et Poki sont des collègues devenus des amis. Ensemble on a partagé l'aventure de mon premier marathon et j'ai accompagné Poki pour la fin du sien.

Ces moments-là tissent un lien particulier car la fin d'un marathon c'est tellement spécial...

Le Raid28 est une course d'orientation en autosuffisance et en équipes mixtes.

Ça veut dire qu'il n'y a aucun ravito sur le parcours et qu'on doit donc emporter avec nous eau, vivres, matériel d'orientation, frontale et trousse de secours. Courir avec un sac de 5kg sur le dos plutôt qu'avec une petite banane c'est pas la même. Il faut savoir estimer ce dont on aura besoin vraiment pour ne pas se surcharger inutilement.

En termes de parcours c'est aussi totalement différent de ce que j'avais expérimenté jusqu’alors.

Moi la maniaque du contrôle qui épluche et anticipe chaque parcours de course pour savoir comment je vais gérer, ben là, je ne gère rien.... R-I-E-N ! Savoir sortir de sa zone de confort.... la première épreuve.

La course part du point A pour arriver au point B. Entre ces 2 points, il y a des balises à trouver et à pointer. 2 types de balises : des vertes obligatoires (si elles ne sont pas validées on a une pénalité de temps) et des bleues facultatives (mais qui donnent un bonus de temps).

Pour trouver les balises et rejoindre l'arrivée au point B, l'organisation remet à chaque équipe un road-book avec des morceaux de cartes et surtout une fiche de définitions pour trouver les fameuses balises. Un genre de chasse au trésor !

Il y a aussi des points de contrôle à passer (disqualifiant si on n'y va pas) et une barrière horaire à respecter : 11h30 max après le départ pour ne pas être disqualifiés.


Ensuite chaque équipe adopte sa stratégie pour aller chercher les balises, donc le parcours n'est pas forcément le même exactement pour tous.

Le départ est fixé à 4h30 mais le rdv est donné pour 3h30. Je crois que c'est ce qui me parait le plus difficile ahahah... le départ nocturne, la deuxième épreuve.

Nous avions donc opté pour dormir au gymnase après avoir laissé une voiture au point d'arrivée à Bures-Sur-Yvette.

Puis nous sommes allés au point de départ, à la Queue-Lez-Yvelines. Je retrouve Lolo le Bagnard et c'est vraiment chouette, ça me fait super plaisir, il est venu avec Myrko son chien trop mignon ! Lolo c’est un extra-terrestre qui court des centaines de kilomètres pour la No Finish Line, qui a un cœur gros comme ça, qui court avec les goélettes pour les enfants handicapés, et si vous le croisez, vous ne pourrez pas le louper, il court en bagnard…

Puis j'aperçois Gilles, ce monsieur des Dunes de l'Espoir avec qui j'ai couru un petit moment quand j'étais dans le dur (et lui aussi…) sur le marathon d'Athènes !!!! Tellement bien de le revoir. Le monde est petit. Ça me colle des frissons.

Après avoir assisté au départ de la grande course (départ 20h pour une nuit dans les bois et 70km) nous faisons notre dîner frugal et finissons à la frontale avant d'aller nous coucher sur les matelas de sport. Nous sommes comme des coqs en pâte. Cependant malgré une extinction des feux vers 21h15, la nuit s'annonce courte... Avec Poki on se marre bien, Pierre lui, a déjà sombré dans les bras de Morphée.

2h30 : le gymnase s'éclaire d'un coup. Le réveil est brutal. J'ai dû dormir réellement 2h, entre excitation, inquiétude, bruit, pas simple de se reposer. Pierre a roupillé sitôt posé dans son sac de couchage. Quelle bête !

Un petit dej de champion, une toilette de chat et on finalise nos sacs à dos, on fait le plein d'eau puis on dépose les consignes et on récupère notre dossard.

4h25 : les équipes sont prêtes au départ. Les chefs d’équipe s’alignent devant tous les road-books posés au sol dans l’ordre des équipes et au top de départ, se précipitent.

Une fois le road-book récupéré, il faut mettre en œuvre la stratégie choisie. Certaines équipes partent tout de suite, et font le report des balises en cours de route.

Nous profitons de la chaleur et de la lumière du gymnase pour reporter sur les cartes toutes les balises vertes et les premières bleues. Pierre est comme un fou, à peine la définition de la balise énoncée, il l’a déjà placée sur la carte. Il maîtrise l’exercice, c’est impressionnant. Il connaît aussi très bien la région, pour avoir fait ce Raid plusieurs fois.


Chacun dans l’équipe a son rôle déjà défini : Pierre oriente, Poki est doué pour trouver les balises, c’est lui qui prend le doigt électronique pour aller les valider, et moi je suis le coucou, en charge de réguler l’hydratation toutes les 20mn et le ravito toutes les 40mn.

Poki a la charge de garder le road-book et de donner les cartes au fur et à mesure à Pierre, et moi je dois rappeler les définitions des balises. Pierre lui, garde en mains la carte en cours et sa boussole.

Nous prenons 30 minutes pour reporter. Indications façon énigme, ou schéma non à l’échelle, ou encore orientation pure les bleues sont subtiles. Il y aura 29 vertes et 32 bleues à trouver.

5h : nous sortons du gymnase. Le froid est glacial, il fait nuit, c’est une ambiance spéciale. Je n’ai jamais pris le départ d’une course dans ces conditions. Ça glisse un peu au sol. Il faut faire attention et surtout…. partir dans le bon sens. Au départ on va être assez souvent avec d’autres équipes, mais chacun fait ses choix d’orientation.

Nous sommes dans la forêt de Rambouillet, à la lumière de nos frontales. La première difficulté c’est de voir où on met nos pieds. Les morceaux de branche, les feuilles, les cailloux. Le trail c’est compliqué, plus violent que le bitume. Le pied est vite tordu.

Courir dans les bois dans la nuit, le truc de dingosse dont je n’aurai jamais rêvé !

Nous validons les premières vertes et notre première bleue mais pas moyen de trouver la deuxième. La stratégie de course c’est aussi de savoir abandonner, pour ne pas flinguer la barrière horaire à vouloir absolument trouver la balise. Il va falloir accepter de ne pas réussir à chaque étape pour réussir l’épreuve globale. Ça fait partie du jeu.

Nous arrivons sur Montfort l’Amaury, charmant petit village encore endormi….. Nous tombons par hasard sur une bleue, mais à Montfort nous faisons des erreurs d’orientation, et perdons du temps à tourner. Du coup on lâche l’affaire pour les 2 autres bleues. Les vertes sont validées c’est l’essentiel.


Nous avançons dans le parc naturel de la Haute Vallée de Chevreuse. C’est sublime. Le parcours emprunté est très joli. Nous sommes seuls, il y a 27 équipes en course mais nous sommes seuls. C’est un vrai plaisir aussi, de pouvoir profiter de la course en étant dans une bulle, la bulle de notre équipe. Nous fonctionnons super bien, Pierre oriente nickel, Poki nous valide les balises, et moi je rabats les ravitos à heure fixe, telle un vrai coucou !

Ce qui est difficile pour moi, physiquement, ce sont les côtes. Il y en a quelques-unes bien corsées, même en ayant bien progressé avec la prépa pour Paris-Versailles, c’est raide !

La course d’orientation c’est totalement différent d’une course classique. Il faut courir, puis s’arrêter, repartir, faire face au dénivelé changeant. Le cardio prend cher. Rien à voir avec une endurance classique. Je sors clairement de ma zone de confort, mais j’ai une totale confiance en Pierre qui nous oriente comme un chef, je le suivrai où il veut, je ne cherche même pas à comprendre, je suis.

Mais chaque balise découverte est une vraie satisfaction. J’adore, on s’éclate.

Vers le 15e km Pierre a super mal aux chevilles. Il a une vieille blessure pas soignée, et des années de sport derrière lui. On alterne donc course et trottinage.

Les balises s’enchaînent avec les kilomètres.

Ma frontale montre depuis quelques minutes des signes de faiblesse, les appels de phare indiquent qu’elle va bientôt s’éteindre. Mais il fait encore nuit. Il va falloir que ça tienne jusqu’au lever du jour qui ne devrait pas trop tarder, à tout casser 30mn.

Nous arrivons sur une sorte de plateau dans la forêt, qui surplombe une vallée, je ne sais pas précisément où nous sommes à ce moment-là, quelque part dans le bois des Hautes Bruyères, le soleil est en train de se lever sur la nature givrée, le spectacle est magnifique, les couleurs sont superbes. Pas le temps de faire un reportage photo, je n’en prendrai aucune, mais c’est un de mes plus beaux moments de la course. A cet instant-là, je me sens pleinement vivante, pleine d’énergie, reconnaissante.

Passage du PC sécurité 3.

Nous arrivons sur Lévis-St-Nom et attaquons une spéciale « N’y vas pas » pour choper 3 bleues. C’est de l’orientation pure, Pierre est au taquet. Cette spéciale est vraiment spéciale, car on n’utilise pas une carte IGN mais on a pour support un schéma, qui n’a pas d’échelle et la boussole ne sert à rien. Cette spéciale réussie va nous faire gagner 1h20 de bonus. Yes ! Nous sortons près de l’abbaye de de Notre Dame de la Roche, très bel endroit aussi. Des vieilles pierres qui transpirent et diffusent la sérénité.

De mon côté, la tête va bien, mais j’ai mal aux ligaments derrière le genou droit, dès que je repars à courir. Ça commence à tirer sur la couenne. Les chevilles de Pierre c’est pas le beau fixe, et ça ne s’arrangera pas. Il va falloir faire attention à ce qu’il ne se blesse pas davantage. Finir oui, mais intacts.

Nous arrivons ensuite au Mesnil-St-Denis, où nous validons encore une bleue, la « spéciale précision ». Nous abandonnerons l’idée d’aller chercher une grosse spéciale qui valide 2h de bonus, Pierre dit que le lieu est vraiment sublime mais trop difficile.

Poki, lui, s’est cogné dans une souche, il a mal sur un orteil déjà blessé. Physiquement, on commence à être moins frais. Nous approchons les 28 km de course.

Ô surprise, le point de contrôle est au niveau d’un tunnel, qu’il va falloir traverser. Sous le tunnel, de l’eau, tout bonnement glacée. On y va, je couine, je peste, j’ai de l’eau jusqu’à mi-mollets et en courant j’en prends jusqu’aux genoux, je ne sens même plus mes pieds. Pour le coup, ça anesthésie l’orteil de Poki ! Pour sortir du ruisseau et valider le point de contrôle, on remonte sur la berge, dans une bouillasse épouvantable. « C’est ça qu’est bon » comme il dit le coach. Mes pieds sont morts, tétanisés, devenus insensibles. Il va me falloir un bon 10mn pour m’en remettre. Mes chaussures sont topissimes, en 5mn l’eau a été totalement évacuée, le problème ce sont mes chaussettes. Je n’y penserai pas, mais dans mon sac j’avais une paire de rechange……

L’objectif maintenant c’est de passer la barrière horaire au niveau de Magny-Le-Village. Cette barrière est éliminatoire si on y arrive après 12h45.

Pierre est dans le dur physiquement, mais continue à nous orienter comme un chef.

Nous passons la barrière avec 1h d’avance et nous nous accordons un petit break sous un arrêt de bus à l’abri du vent. Nous sommes gelés et il faut reprendre des forces. Nous avons fait près de 35km.

Mise à jour de la stratégie : on va chercher à finir mais on n’ira plus chercher les spéciales. Il faut assurer la fin de course. Nous passons en mode marche, le trottinage devient trop dur, pour Pierre et aussi pour moi, maintenant j’ai aussi les cuisses en feu. C’est ma faiblesse, maintenant je le sais. C’est pareil sur marathon.

Mais malgré tout j’ai un super mental, je suis bien, je m’éclate, ce challenge est génial, même si je m’inquiète un peu pour Pierre. Poki gère, il a une caisse d’enfer. J’avoue que je fais moins attention au paysage, le focus est sur l’état du groupe, sur les ravitos toutes les 20mn. Nous sommes dans la Forêt Domaniale de Port Royal.

Nous arrivons à Chateaufort, on s’approche on s’approche….. Les kilomètres s’égrènent. Grosso modo il en reste 8.

Pierre a repris du poil de la bête, les Semis Croustillants sont peut-être moins croustillants qu’au départ, mais ils n’en ont pas fini, et vont y aller, à ce gymnase de Bures-Sur-Yvette !

L’esprit d’équipe c’est indispensable dans ce genre d’effort, être attentif aux autres, se caler sur le rythme le moins rapide, rester positif et combatif. Ensemble on va plus loin, ensemble on va au bout. Et on est ensemble.

Nous prenons la dernière carte. Celle sur laquelle est située l’arrivée. Ça sent bon. Il reste 5 balises vertes.

Tous les trois, nous avons retrouvé notre pleine forme mentale, et même si nos corps sont fatigués et un peu vides, nos têtes et nos cœurs sont pleins de tout ce que nous sommes en train de vivre avec cette belle course. Pierre nous raconte ses anecdotes des Raids28 précédents, il nous emmène sur le chemin sans sourciller, c’est à se demander de quelle planète il vient.

Gyf-Sur-Yvette…. Je sais qu’on est presque au bout.

Depuis près de 2h ma montre bipe pour me dire que la batterie est faible mais elle continue d’enregistrer. On continue les ravitos, inlassablement toutes les 20mn.

Dernier point de contrôle, il reste 3 balises et 4km. Dans moins d’une heure si on garde notre rythme, on passe la ligne.

La dernière partie est assez monotone, une grande ligne droite. Un mec passe à côté de nous, je pense qu’il est sur le 28km, il est frais lui, et je lui dis « Nous, on est cuits…. ». En fait, c’est un étudiant, qui est parti faire sa sortie du dimanche (16 bornes tout de même), et qui se demande pourquoi il rencontre autant de coureurs aussi cuits. On discute, et on lui explique le principe de la course. Les derniers kilomètres déroulent.

Les 500 derniers mètres.

Le tapis rouge à l’entrée du gymnase. Dernier pointage. Et l’arche d’arrivée, la fin de notre périple.

Les Semis Croustillants sont là. On a fini, on est fiers, quelle belle équipe que la nôtre !!!

Au terme de 10h et quelques minutes depuis le top départ.

Notre temps final sera de 6h06 avec les bonifications des balises bleues et une place de 19e sur 25.

Merci les copains de m’avoir embarquée dans cette belle aventure, vous êtes chers à mon cœur, nous avons déjà partagé un certain nombre de courses diverses, de la Spartan au raid d’orientation en passant par le marathon.

Mon Pierrot, tu avais semé dans ma tête en 2013 cette graine de folie qui a germé petit à petit au fil de mes courses et de mes expériences, pour m’amener à partir dans ce délire qui est le tien, et que tu maîtrises à la perfection, l’ultra endurance.

Maintenant je sais...

Je sais pourquoi on a envie de courir, la nuit, dans le froid, et je sais aussi comment le corps peut suivre.

Je sais que j’en suis capable, nos limites sont uniquement celles que nous nous fixons. Je le savais, mais je l’ai confirmé, et je vais tâcher de ne jamais oublier cette leçon apprise avec la course depuis maintenant 5 ans.

Je sais que je recommencerai ce genre de délire, la graine continue de germer…

-💜-

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